RECHERCHE AFRICAINE, L’ETUDIANT ET LA QUESTION DU DEVELOPPEMENT : le cas camerounais

Publié le par whisperingsfalls

NOKE SIMON FRANCIS Doctorant en Littérature et Civilisations africaines,

Cameroun, Université de Yaoundé I.

Les Aspects du Malaise

 

La culture est un défi à la nature et à la mort. Elle s’impose comme l’avenir de chaque peuple en tant qu’elle est le cadre où se réalise et s’organise la recherche ou le repli identitaire dont l’exigence semble être impérieuse au regard des crises identitaires affectant les communautés qui, dans les cimes profondes et aliénantes de la mondialisation, ne savent plus à quel saint se vouer. Face à une telle certitude, l’on ne peut qu’éprouver le regret de constater que l’essentiel de la sagesse ancestrale et culturelle reste encore mise dans les galeries scripturaires et musées du monde entier par des occidentaux, ne portant devant elle qu’un regard étranger, extérieur. Ces derniers, s’arrogent les titres d’africanistes ou encore de spécialistes en culture et en tradition africaines leur ouvrant les portes de tous les colloques et conférences sur les cultures africaines.

Conséquemment, ils légitiment du même coup leurs travaux n’ayant d’égal que la spéciosité et l’uchronicité des informations qu’ils diffusent pour la structuration et la formation d’une jeunesse encore plus ignorante et dédaignante à l’égard de leurs propres identités qu’ils taxent de barbares, rétrogrades et d’inaptes à reproduire et à mettre en branle un développement de l’Afrique digne de ce nom. Une telle chose ne peut qu’alarmer les opinions et les consciences. D’autant plus que la sagesse elle-même exige, pour une meilleure appropriation des réalités culturelles et identitaires d’un peuple, de s’adresser à ses ressortissants qui possèdent les clés et saisissent les nuances et les différentes postures discursives, psychologiques et comportementales à prendre pour détenir les compréhensions et les appréhensions de leurs spécificités et particularités tant socio-culturelles que anthropo-philosophiques.

Aussi, quand bien même on pourrait s’adresser aux ressortissants des peuples que l’on étudie, le chercheur devrait s’affranchir de toutes les limitations éducatives, culturelles qui n’ont de fin qu’à poser des freins importants à la connaissance des objets d’étude. Ces limitations qui ont été relevées au cours de la longue histoire des rencontres et de la cohabitation tous azimuts avec l’Occident sont les complexes de supériorité et ceux qui ont porté les pensées, les conceptions ainsi que les représentations sociales, à cataloguer la culture africaine en général autour d’une terminologie péjorative : « a-culture, barbare, arriération culturelle…etc. »

S’il est vrai que le background culturel et historique est d’un atout indéniable dans l’appropriation des faits propres à une culture. Il devient donc aussi indubitable, que nous arborions les doubles casquettes d’écrivain de l’histoire et d’historiographe afin de rétablir la vérité sur les histoires, les coutumes et les identités africaines controuvées et manipulées au gré des ambitions impérialistes occidentales. Parce que nos cultures, nos traditions, nos racines profondes, notre être et notre essence ne doivent pas nous être confié du dehors. A ce malaise, l’on nous un contexte de crise de représentation et d’expression constatée dans le milieu universitaire africain en général et singulièrement chez les étudiants camerounais. Cette crise se manifeste au niveau de leur image, de leurs représentations

 

IMAGE DE L’ETUDIANT CAMEROUNAIS : Représentations internes et projections externes

 

L’image de l’Etudiant camerounais est celle, triste et morne, d’un citoyen marginal, dédaigné, méprisé et sous-estimé dans tous les contours de sa personnalité. Les projections externes sur sa personne ne sont pas loin de le transformer en un malade. En effet, il semble souffrant de schizophrénie, d’un déni de la réalité et d’une crise obsessionnelle délirante qui l’amènent selon l’avis du commun des hommes à n’avoir pas de prise sur la réalité sociale et politique pourtant trouble et n’offrant aux « longs crayons » aucune alternative qu’à s’abandonner, après ses études, à la sauvette ou dans les métiers auxquels il n’a pas été préparé.

L’étudiant camerounais reste la figure de proue des marginalisés sociaux qui, dans leur cadre de vie et de « travail », n’arrivent pas à se dissocier de l’image qu’on a d’eux et de la place qu’ils occupent au sein de la société. A ce qui est dit sur lui et à ce qu’il finit par se convaincre personnellement, l’étudiant n’a aucune voix et n’arrive pas à trouver un juste milieu. D’autant plus que ceux qui sont chargés de donner contenance et forme à son éducation et à sa formation professionnelle ne lui permettre pas de se trouver une brèche. S’il semble, dans une certaine mesure, avoir quelques raisons sociales d’espérer, la reconquête d’une certaine confiance chez l’étudiant nécessite un assainissement de son statut. Celui-ci passe par son intégration dans le champ de la recherche. Cette intégration ne sera possible que lorsque les politiques nationales décideront enfin de subventionner les recherches, de doter les chercheurs et doctorants de moyens permettant chacun à son niveau de participer au développement du pays.

Ce pari est faisable. D’autant plus que le développement reste une priorité. L’étudiant en en littérature et civilisations africaines devrait dans une telle perspective structurer les schémas directeurs de la recherche dans son domaine, définir les difficultés ainsi que les moyens et les cadres pouvant l’aider à trouver des passerelles, déterminer les apports de ses recherches dans une perspective de développement. La recherche est un pari ; le catalyseur du développement. Notre pays se doit se s’offrir les moyens de ne pas oublier ce principe qui fait qu’une nation soit ce qu’elle veut. La recherche est donc une catharsis. Tentaculaire et orientée dans tous les domaines de l’expression culturelle du peuple, elle s’impose comme une force et le remède à tous les travers.

Publié dans Littérature

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